Chaleurs expressives
La vache «prend mieux» quand les chaleurs sont expressives. Des chercheurs canadiens ont étudié la relation entre des chaleurs prononcées et le résultat d’insémination.
Jutta Berger (TORO 05/19)
Des signes de chaleurs clairs et sans ambiguïté se traduisent par une vache plus active pendant la phase des chaleurs, qui marche plus que d’habitude et qui chevauche plus souvent ses congénères. Les systèmes de détection des chaleurs enregistrant entre autres paramètres l’activité accrue de la vache, ils permettent une mesure objective des chaleurs: certaines vaches marchent cinq fois plus pendant les chaleurs qu’en temps normal. L’activité augmente ainsi de plus de 500 %! L’expression «signes clairs» est ainsi quantifiable et peut être utilisée dans le cadre d’études scientifiques. Un groupe de recherche du professeur Cerri de l’Université de Vancouver (Canada) s’est penché sur la notion de «signes clairs» durant plusieurs années et en est arrivé à des conclusions intéressantes. Les vaches très actives pendant les chaleurs sont plus souvent portantes (ill. 1).
Un meilleur taux de gestation
Le groupe de recherche a publié en 2017 une étude qui concernait 346 vaches Holstein à haute performance (>12’000 kg de lait) équipées d’un dispositif de détection automatique des chaleurs. Les chercheurs ont mis en relation la hausse de l’activité mesurée avec le taux de gestation après insémination et en sont arrivés au résultat suivant: les vaches affichant une augmentation de l’activité de 300 % ou plus étaient deux fois plus souvent gestantes que celles affichant une activité moindre (voir ill. 1). Avec cette étude, ils voulaient vérifier les résultats d’un ancien travail dans le cadre duquel des vaches étaient mises en chaleurs par voie hormonale (Madureira et al., 2015). Lors de «chaleurs induites», les animaux ayant les symptômes de chaleurs les plus marqués présentaient des résultats nettement meilleurs en termes de gestation.
Un taux de réussite différent outre-Atlantique
Comme c’est le cas pour la plupart des études nord-américaines, ces deux travaux nous montrent que le taux de réussite des inséminations est généralement plus bas outre Atlantique que chez nous. Les chercheurs canadiens constatent un taux de réussite des inséminations de 35 % (en d’autres termes: une vache sur trois environ est gestante). La conclusion de leurs travaux est malgré tout pertinente pour nous: plus les chaleurs sont expressives, et mieux la vache «prend».
Des chaleurs précoces
Les résultats de ces études sont également clairs en ce qui concerne l’état de santé des animaux. En effet, seules des vaches en pleine santé ont affiché une augmentation de l’activité pendant les chaleurs. Si cette constatation ne surprend personne, elle montre clairement que seules les vaches qui sont en forme deviennent facilement gestantes. La période décisive est le vêlage et le début de la lactation. Peu ou pas d’activité liée aux chaleurs au cours des trente premiers jours de lactation se traduit souvent par un faible taux de gestation après (voir ill. 2). Pour les chercheurs canadiens, le manque d’activité liée aux chaleurs en début de lactation est un signal d’alarme incontestable permettant d’identifier les animaux à risques. Ce signe ne doit en aucun cas être ignoré et les animaux concernés doivent être traités sans tarder, en règle générale pour des troubles métaboliques. Ces mesures permettront d’améliorer la santé de la vache et sa fertilité. Les vaches aux chaleurs prononcées au cours des trente premiers jours «prennent» mieux (ill. 2).
Un bon taux de réussite
Il serait peu judicieux de transposer les résultats de ces études aux conditions de production prévalant en Suisse. Notre élevage laitier fonctionne sans l’utilisation standardisée de programmes hormonaux et nous accordons plus d’importance à une observation ciblée des chaleurs, ce qui se traduit par un taux de gestation après insémination nettement plus élevé. Les résultats des études canadiennes peuvent cependant amener l’éleveur à se poser la question suivante: comment puis-je améliorer l’expressivité des chaleurs et le succès d’insémination? Différents facteurs influencent positivement ou négativement les manifestations des chaleurs. L’alimentation d’une part (apport hydrique compris), mais aussi les conditions de garde. Les vaches qui expriment faiblement les chaleurs sont le signe que des améliorations doivent être apportées dans ces domaines. Ici comme au Canada, ce sont des signaux d’alarme à prendre au sérieux! Ce sont très souvent les vaches de rang inférieur (primipares p. ex.) qui manifestent des signes de carence, les points faibles du système les touchant en premier. Des vaches qui expriment bien les chaleurs en revanche sont toujours le signe que tout va bien à l’étable!
Une consommation optimale
Un bon équilibre entre apport énergétique, ingestion de fourrage et santé de la panse contribue largement à une bonne expressivité des chaleurs. Seule une vache correctement alimentée manifeste bien les chaleurs. Les avantages d’une consommation de fourrage élevée sont connus. Il faut aussi veiller à un apport hydrique suffisant, tout particulièrement pendant les mois d’été. Les vaches doivent disposer en continu d’eau propre et fraîche. Les abreuvoirs doivent être disponibles en nombre suffisant et être de taille correcte (>10 cm/vache), de manière à ce que les animaux de rang inférieur y aient toujours accès.
Les facteurs suivants influencent l’expressivité des chaleurs
| Facteurs anatomiques | Facteurs extérieurs |
| Santé des onglons | Système de garde |
| Performance laitière | Confort de couchage |
| Condition corporelle | Qualité du sol |
| Bilan énergétique | Qualité du fourrage |
| Santé du rumen | Ration et approvisionnement en eau |
| Santé de l’utérus | Stress (suroccupation de l’étable p. ex.) |
| Rang au sein du troupeau | Température et aération dans l’étable |
| Age de la génisse / de la vache |